Module 02: Le PIB comme mesure de l'activité économique.

Quelles sont les puissances économiques mondiales ? Les chiffres en économie sont-ils fiables ? Quelles sont les tendances du commerce international ? Afin de répondre à ces questions et de bien comprendre les relations économiques internationales aujourd'hui, il apparaît essentiel de d'abord dresser un portrait de l'économie mondiale. Pour cela, il faut maîtriser un minimum d'outils statistiques et graphiques utilisés par les économistes.
Dans ce module, nous verrons un des principaux indicateurs utilisés en science économique, soit le PIB et de ses mesures dérivées. Par le suite, nous verrons sa signification et la façon adéquate d’utiliser cet indicateur dans une perspective d’étude des relations économiques internationales. Nous enchaînerons avec l’analyse des limites du PIB et des différents indicateurs ainsi que les correctifs qu’on peut leur apporter.
Le PIB
L’indicateur économique le plus utilisé est sans aucun doute le PIB (produit intérieur brut). En plus de permettre d’établir un portrait de l’activité économique d’un pays, il entre dans le calcul de plusieurs autres indicateurs très variés qui ne sont pas seulement utilisés par les économistes. Compte tenu du rôle majeur qu’il tient dans l’analyse économique, nous présenterons dans cette section ses caractéristiques, son utilité et ses lacunes.
Tout d’abord, mentionnons que le produit intérieur brut (PIB) représente la valeur au prix du marché de tous les biens et services finals produits à l’intérieur des frontières d’un pays durant une période de temps (généralement un an). La littérature économique utilise également le PNB comme outil d’analyse. Le PNB mesure la valeur au prix du marché de tous les biens et services finaux produits par les citoyens d’un pays peut importe l’endroit où cette production se fait. On peut illustrer la différence entre le PIB et le PNB à l’aide d’une équation simple :
PIB = PNB + revenus nets versés aux étrangers à l’intérieur du pays - revenus nets des citoyens à l’extérieur des frontières de ce pays
| EXEMPLE 1
Bombardier, une entreprise canadienne, qui s’établit en Irlande verra sa production faite dans ce pays entrer dans le PIB irlandais et le PNB canadien. Metallica, un groupe de musique américain, qui fait un spectacle à Montréal engendrera une hausse du PIB canadien et du PNB américain. |
Doit-on utiliser Le PIB ou le PNB ?
Le PIB a graduellement remplacé le PNB comme principale mesure de l'activité économique : s'agit-il d'un changement de mesure important ? Voyons concrètement l'exemple du Canada. Le cas du Canada illustre la situation où le PIB est plus élevé que le PNB; cela signifie pour que les avoirs canadiens à l’étranger sont plus faibles que les avoirs des étrangers au pays. On pourrait motiver cette observation par le fait que le marché intérieur canadien est ouvert à l’étranger offre des perspectives intéressantes pour les agents économiques venant des autres pays. Ainsi, le nombre de firmes multinationales étrangères sur le territoire canadien est plus élevé que le nombre de firmes multinationales canadiennes sises à l’étranger. Inversement, le Japon affiche un PIB plus faible que le PNB. Cela s'explique en partie par le dynamisme des firmes multinationales japonaises présentes partout à travers le monde.
Même si le PIB et le PNB sont différents au niveau de leur définition, leurs valeurs numériques sont très proches l’une de l’autre. En effet, la différence entre le PIB et le PNB ne dépasse pas 10 % de la valeur du PIB. Cette divergence est encore plus faible si on s’attarde à la croissance économique. C’est pour cette raison que l’on pourra utiliser l’un ou l’autre si on veut établir un ordre de grandeur de l’activité économique.
En économie, nous utilisons de plus en plus le PIB car il est plus important de mesurer la production concentrée dans une région géographique que d’après la nationalité des agents économiques. La production faite dans notre ville par les étrangers a plus d’influence sur nos vies que ce qu’une entreprise canadienne peut produire en Allemagne par exemple. De plus, le fait que les autres pays aient adopté le calcul du PIB comme mesure de l’activité économique nous entraîne à l’utiliser également pour ainsi harmoniser notre méthode de calcul à celle du reste du monde afin de faciliter les comparaisons. Il est évident qu’il existe tout de même des divergences dans les méthodes de calcul utilisées par les différents pays. Ces différences rendent parfois ces comparaisons plus hasardeuses.
Le calcul du PIB par l’approche des dépenses
Il existe différentes façons de calculer la production d’un pays pour arriver à quantifier le PIB. Le PIB étant une mesure de la production (activité économique) d’une économie, on peut l’évaluer d’abord en faisant la somme des revenus d’une économie (première façon) ou la somme des dépenses d’une économie (deuxième façon). On peut également évaluer la PIB en faisant la somme des valeurs ajoutées d’une économie, la valeur ajoutée représentant la différence entre la valeur d’un produit (pas nécessairement fini) et ses coûts de production.
Pour les besoins du cours, nous ne verrons que l’approche des dépenses. Elle mesure le PIB en faisant la sommation de toutes les dépenses d’une économie. Son analyse est essentielle car en plus de servir à la mesure du PIB, elle circonscrit l’action des agents économiques (ménages, entreprises, gouvernements et secteur extérieur) au niveau des dépenses en plus de représenter également la demande globale d’un pays.
La demande globale est représentée par l’équation suivante:
| PIB = C + I + G + (X - M) |
où:
(C) Dépenses personnelles en biens et services. Les économistes utilisent généralement le terme Consommation pour l’identifier. Cet élément représente plus de 60 % des dépenses totales dans la plupart des économies développées et c’est pour cette raison qu’on regarde souvent de son côté lorsque vient le temps d’expliquer les fluctuations économiques d’une économie.
(I) Investissements bruts. Il s’agit des dépenses privées et publiques d’une économie dans l’achat des biens de production. Il est une composante extrêmement importante de la demande globale car, en plus de permettre de déterminer l’activité économique aujourd’hui, il influence la capacité de production future d’une économie. Autrement dit, l’achat d’un bien de production aujourd’hui (une nouvelle ligne de production) permet à une économie d’accroître ses capacités de production futures et du même coup amplifie la croissance économique du pays en question. Une caractéristique importante de l’investissement est sa grande volatilité. Ses mouvements brusques peuvent entraîner des variations importantes du PIB.
(G) Dépenses publiques en biens et services. On sait que les gouvernements sont très présents dans l’activité économique de notre pays. Ils interviennent entre autres dans la santé, l’éducation et les services sociaux. Même si l’opinion publique se soulève quotidiennement contre les taxes de toutes sortes, il ne faut pas oublier que ces taxes servent à financer les immenses dépenses des gouvernements. Il faut noter que cette composante regroupe les dépenses en biens et services de l’État (gouvernement fédéral, gouvernements provinciaux et les municipalités). Nous verrons plus loin que G est également la principale courroie de transmission qui relie la demande globale (et par le fait même l’activité économique) et la politique budgétaire des gouvernements fédéral et provinciaux. La valeur numérique que prend cet élément permet d’évaluer la place que prend l’État dans l’économie.
Ces trois composantes (C + I + G) représentent l’ensemble des dépenses des ménages, des entreprises et de l’État. On utilise le terme " demande intérieure " pour identifier la somme des dépenses des agents économiques du pays.
| Vivre en
autarcie
Si un pays vivait en autarcie (pas d'import-export), l’analyse de l’équation des dépenses se terminerait ici. On identifierait la demande globale et le PIB comme étant C + I + G. Cependant, tous les pays du monde s’échangent des biens et services. Il faut prendre ce fait en considération et c’est pourquoi l’on note l’ajout d’une autre composante dans la demande globale soit (X - M). Elle illustre les relations commerciales qu’entretient un pays avec le reste du monde. Il va de soi que le manuel s’attardera dans son ensemble à ce segment (X - M). Aujourd'hui, on considère la Corée du Nord comme une économie très fermée à cause des sanctions économiques imposées par la communauté internationale qui restreignent le commerce avec ce pays. Question : Est-ce avantageux pour un pays de vivre en autarcie ? |
(X - M) Exportations moins les importations (Exportations nettes). Les exportations représentent le montant total des biens et services canadiens achetés par les étrangers. Aucun n’est assez altruiste pour faire des exportations pays dans le but d’enrichir de sa production le reste du monde. Si les pays exportent, c’est parce que cette activité lui permet d’accumuler des devises étrangères qui peuvent servir à financer par le suite ses importations. Les importations représentent le montant total de biens et services étrangers achetés par les Canadiens. Souvent, à tort, on perçoit les importations de façon négative. Au contraire, notre qualité de vie dépend souvent de ces importations. En effet, certains produits ne pourraient se retrouver sur nos tables sans d’abord les avoir importé. Il est certes possible de faire pousser du café au Canada mais combien cela nous coûterait-il de le produire? Il sera plus simple et beaucoup moins coûteux de l’importer d’un pays ou la culture du café est facile et le produit d’une grande qualité. La différence entre X et M est appelé solde de la balance commerciale.
Évidemment, le montant des exportations et des importations ne sont presque jamais identiques et très souvent des inégalités subsistent. Ainsi, si le solde (X - M) donne un signe positif, cela signifie que le pays en question exporte plus qu’il importe. Au contraire, si la parenthèse illustre un signe négatif, on notera des importations supérieures aux exportations. On peut dire qu’il est préférable d’exporter plus que d’importer car le pays accumulera ainsi des surplus de devises étrangères qu’il pourra ensuite investir à l’étranger. En constatant la balance commerciale fortement négative des USA, le président américain Donald Trump s'est fait élire en 2016 en promettant de créer des emplois aux États-Unis par la renégociation des accords de libre-échange, ce qui a engendrer plusieurs guerres commerciales...
À l’aide des informations données par l’équation de la demande globale on peut donc identifier plus facilement la source d’une crise économique. On pourra alors savoir si une crise est causée par une consommation qui fléchit, par des dépenses d’investissement qui tombent, par des coupures budgétaires de la part des gouvernements ou par les consommateurs étrangers (surtout américains) qui diminuent l’achat de nos produits faisant ainsi chuter nos exportations. En identifiant correctement les origines des fluctuations économiques, les gouvernements pourront alors proposer une politique économique plus efficace.
Quelle est l'utilité de la mesure du PIB ?
Le PIB est utilisé de bien des façons et non seulement en économie. Nous verrons trois rôles majeurs du PIB soit:
A) un indicateur de la performance de l’activité économique d’un pays, du niveau de vie de ses habitants et de son évolution dans le temps;B) un outil qui permet les comparaisons entre la taille et la puissance relative des économies nationales à travers le monde;
C) un mesure qui permet de relativiser certains phénomènes dans le temps ou l’espace.Le PIB comme indicateur de performance et comme outil de comparaison est très souvent utilisé par des économistes. Cependant, le troisième rôle du PIB permet, comme nous le verrons plus loin, un application plus générale en sciences sociales. Voyons maintenant une description brève de chacune de ses propriétés.
A) INDICATEUR DE LA PERFORMANCE ÉCONOMIQUE ET DU NIVEAU DE VIE D’UN PAYS
C’est, de loin, l’outil le plus utilisé par les analystes économiques. Il contribue à dresser le bulletin de santé de l’économie. Ainsi, il permet de situer l’activité économique dans une phase de son cycle. Rappelons que le PIB mesure la production d’un pays durant une période de temps donnée. Sachant que la production découle de l’activité des agents économiques, on dira qu’une augmentation du PIB dans le temps illustre une augmentation de la production et donc d’une augmentation de l’activité économique. Les agents économiques qui contribuent à la production retirent donc des revenus (le travailleur retire un salaire, l’entreprise fait un profit sur ses ventes...) de cette participation.
C’est pour cela que le PIB est également un indicateur de l’enrichissement collectif. Mentionnons également qu’une production accrue nécessite une participation plus intense des agents économiques et dans bien des cas cela se traduira par une baisse du chômage. Dans une économie riche et diversifiée comme celle du Canada, il serait impossible d'accroître la production annuelle de 70 %. En général, un taux de croissance de l'économie canadienne de plus de 3% est considéré comme une très bonne performance.
| La mesure
de croissance
économique est une mesure dérivée du PIB qui facilite l’étude
de
l’évolution de l’activité économique dans le temps. Elle représente la
variation en % du PIB d’une année comparativement à sa valeur à l’année
précédente. La formule suivante illustre la démarche à suivre:
Croissance économique année t = ( (PIBannée t - PIBannée (t-1)) / PIBannée (t-1) )*100 = ___ % Tableau 1 : Croissance économique 2023-2025 (pays choisis) ![]() La pandémie et la croissance économique Le tableau 2 ci-dessous nous montre les effets dévastateurs de la pandémie sur la croissance économique. À l'exception de la Chine, les pays industrialisés ont vu une décroissance de leur PIB réel pour l'année 2020. Heureusement, l'économie mondiale a su rebondir en 2021. ![]() Source: https://fr.statista.com/infographie/20855/impact-pandemie-coronavirus-sur-economie-mondiale-pib/ |
B) COMPARAISON DE LA TAILLE ET DE LA PUISSANCE DES ÉCONOMIES NATIONALES
Le PIB permet de comparer la valeur de la production des différentes économies nationales dans le monde. Il faut d’abord savoir que la plupart des pays utilisent leur propre monnaie comme moyen d’échange (celles-ci n’ont généralement pas la même valeur) et comme unité de mesure du PIB. Par exemple, au Canada on utilise le dollar canadien, aux États-Unis on transige en dollar US et en Russie c’est le rouble qui sert de moyen d’échange. Ces pays calculent d’abord leur PIB en prenant leur monnaie respective. Pour permettre une comparaison adéquate entre ces pays, nous devrons utiliser qu’une unité de mesure. Ce sont les taux de change qui permettent ces transformations. Généralement, c’est le dollar US qui est utilisé comme étalon de valeur pour les diverses données exprimées en monnaie qui concernent plusieurs pays (prix du sucre, prix du baril de pétrole...) ou qui comparent diverses caractéristiques entre les différentes économies nationales (PIB, investissement à l’étranger). Le tableau 3 ci-dessous nous indique quelques uns des pays ayant les plus gros PIB (en dollars américains).
TABLEAU 3 Le classement des pays selon le PIB (et PIB/habitant) en 2024
Le PIB indique clairement la valeur de l’effort productif de chaque pays et permet les comparer. Les organismes internationaux utilisent ces comparaisons de différentes façons. Par exemple, le FMI (Fonds Monétaire International) détermine, en partie, la quote-part que chaque pays doit lui remettre à partir du PIB ($ US) du pays en question. De plus, le classement présenté au tableau 3 ci-dessus nous permet d’identifier les acteurs politiques et économiques les plus importants sur la scène mondiale. Il est évident que les positions prises par les États-Unis sur la scène mondiale sont très respectées, pour ne pas dire imposées à l’ensemble de la communauté internationale. Par contre, le gouvernement d’un pays comme Haiti (PIB d'environ 20 milliards $US) n’a pratiquement pas d’influence sur les décisions prises à l’extérieur de ses frontières. Le très influent G-7 qui a été créé dans le but d’harmoniser les politiques nationales et de fixer des objectifs communs réunissait, au départ, les sept pays capitalistes ayant le plus gros PIB en 1975. Les décisions prises par le G-7 (le G-8 incluait la Russie de 1997 à 2014) affectent la vie économique de la plupart des habitants de la planète. L’utilisation du PIB comme mesure de comparaison comporte des limites qui peuvent altérer et même fausser certaines interprétations que l’on peut faire à partir de cet indicateur. Nous verrons plus loin, la nature et la portée de ces limites.
TABLEAU 4: Des compagnies plus puissantes que des pays !

Source: Wealth Wars - Companies More Profitable Than Countries | ABC Finance
C) UN OUTIL POUR RELATIVISER CERTAINS PHÉNOMÈNES DANS LE TEMPS OU L’ESPACE
Les pays ne se comparent pas seulement sur la base de la production nationale. On peut également étudier leur différence dans divers domaines. Pour savoir si par exemple un pays néglige son système de santé ou d’éducation, on se penchera sur la part de la richesse nationale destinée à ces secteurs (dépenses dans la santé/PIB, dépenses dans l’éducation/PIB). C’est à partir de cette division qu’on pourra comparer plus justement la situation de ce pays à la situation qui prévaut dans les autres pays. Les lobbyistes utilisent quelquefois cette procédure pour justifier une expansion des dépenses publiques dans certains domaines.
Au Canada, comme ailleurs dans le monde, le niveau d’endettement des gouvernements devient préoccupant. Pour évaluer la situation réelle de l’endettement d’un pays, les analystes économiques doivent comparer le montant de la dette gouvernementale par rapport au revenu du pays en question. Par exemple : un pays dont le ratio dette/PIB dépasse 100%, indique que sa dette publique est supérieure à tout ce qu'il produit durant une année. Le tableau 6, nous permet de voir que 8,8% de la production de l'Arabie Saoudite va en dépenses militaires. En terme absolu, les sommes allouées à la défense par l'Arabie Soudite sont minimes comparativement à celles des États-Unis (première puissance économique et militaire) : ceux-ci accordent "seulement" 3.2% de leur PIB au dépenses militaires.
TABLEAU 5 : Niveau d'endettement public en % du PIB par pays.

TABLEAU 6 : Les dépenses militaires par pays en % du PIB en 2020.

Les lacunes du PIB comme mesure du bien-être économique ou est-ce que l'argent fait le bonheur ?
On utilise souvent le PIB comme outil de comparaison de la qualité de vie des habitants des différents pays dans le monde. Ce faisant, on confond malheureusement le bien-être de la population avec sa capacité de production. On suppose que la production et par conséquent la richesse nationale est le gage d’une existence heureuse des habitants du pays. L’argent que nous détenons est-il la seule source bonheur que nous avons ? La qualité de l’environnement ou les heures de loisirs ne nous procurent-ils pas également des plaisirs ? Pour ces raisons, le PIB est un indicateur très imparfait du niveau de bien-être d’une population.
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Existe-t-il une meilleure mesure ?
Voici quelques mesures alternatives au PIB pour mesurer le bien-être économique: L'indice de développement humain (IDH) est compilé annuellement par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Les indicateurs du bien-être au Québec (51indicateurs du Québec ) L'indice du bonheur mondial (Wolrd Happiness Report)
L'indice "Vivre mieux" de l'OCDE. L'indice canadien du mieux-être (ICMÊ) D'autres pistes de solutions (IRIS) pour construire un meilleur indicateur |
Cette section se penche sur les lacunes du PIB comme outil d’évaluation et de comparaison du bien-être des citoyens d’un pays. Différentes mesures ou techniques applicables pour corriger certaines de ces faiblesses seront également analysées. Pour terminer, il faut ajouter que l’existence de ces lacunes ne doivent pas mettre en doute l’utilité du PIB comme outil de comparaison dans le temps ou l’espace. Cependant, c’est en connaissant bien les limites de cet outil important que nous l’utiliserons plus justement.
1) Le coût de la vie : la parité du pouvoir d'achat.(PPA)
Le coût de la vie n’est pas constant à travers le monde. Il suffit d’entendre les touristes québécois revenant d’Europe pour s’en convaincre. " Ça coûte pas mal plus cher qu’ici " ou " C’est fou comme le coût de la vie est élevé là-bas " affirment-ils à l’unisson. Devant cette réalité, que font les économistes pour évaluer adéquatement le niveau de vie des habitants de tous les pays ? Ils utilisent des indices de prix qui reflètent les variations du niveau des prix à travers le monde. Le tableau 5 représente le PIB par habitant ajusté au coût de la vie. Selon ce tableau, la Chine dépasse maintenant les États-Unis pour le titre de première puissance économique mondiale. Le lien youtube suivant nous montre une animation de l'évolution du PIB (en PPA) depuis 1903.
TABLEAU 5 : Les 40 pays ayant les plus gros PIB au monde en 2024 (PPA) : c'est-à-dire ajousté au coût de la vie.

L’ensemble de la population d’une économie représente une force productive car elle fournit le facteur de production qui est le travail. Cependant, ne pas tenir compte de la taille de la population devient une lacune du PIB lorsque vient le temps d’évaluer le mieux-être économique des citoyens. Il est possible de voir un pays avoir un PIB élevé mais remarquer que le niveau de vie y est faible comparativement à un autre pays qui possède un PIB plus faible. La comparaison entre la Chine et le Canada en est un exemple frappant. En effet, le tableau 5 nous montre que la Chine (PIB= 37 070 G$) possède un PIB plus élevé que le Canada (PIB= 2 580 G$). À partir de cette information, on pourrait considérer le niveau de vie en Chine comme étant supérieur à ce qu’il est au Canada. Cependant, pour avoir une idée plus juste du bien-être économique des habitants d’un pays, il faut considérer le nombre d’individus qui profiteront de la richesse nationale (PIB). Pour déterminer la part de la richesse qui sera détenue par chaque individu, nous devrons utiliser la formule suivante:
Pib par habitantannée t = PIBannée t / populationannée t
TABLEAU 6 : Le changement sur 10 ans du classement des pays selon le PIB par habitant ajusté au coût de la vie (PPA).

En regardant le tableau 6 on peut saisir la grande disparité des revenus annuels par habitant entre les pays. En effet, pendant que les Luxembourgeois produisent en moyenne pour 144,000 dollars US par année (par comparaison un Burundais doit se contenter d’un maigre 681 dollars US par année).
En 2021, le PIB/habitant du Canada se situait à 55 022 $ comparativement à 47 778 $ pour le Québec. Il est encourageant de voir que le PIB/habitant du Québec progresse plus rapidement que la moyenne nationale depuis 10 ans: on assiste donc à un certain rattrapage du niveau de vie des Québécois.

Questions de discussion:
Question No.1 Quel sont les puissances économiques mondiales ?
Question No.2 Qu'est-ce que le BRIC? le BRICS ? Quelle est leur importance dans l'économie mondiale ?
Question No.3 Qu'est-ce que le G-20 ? Pourquoi ce groupe est-il appelé à prendre plus de place face au G-7 ?
3) La répartition de la production:
Le Pib ne donne aucune indication sur la nature de la production d'un pays. S'agit-il de la production d'armements ou de biens et services pour la population ? Pour cette raison, les comparaisons de richesse basées seulement sur le PIB sont parfois incomplètes.
4) La répartition des revenus (La courbe de Lorenz et le coefficient de Gini)
La courbe de Lorenz est un outil qui permet d’illustrer un certain profil de la répartition de la richesse à l’intérieur d’une économie. Il s’agit d’un graphique présentant la relation entre le pourcentage des revenus (axe des Y) et le pourcentage des familles. La courbe à 45 degrés illustre la situation ou la répartition de la richesse serait d’une équité absolue. La taille de la zone hachurée (qui s’agrandit à mesure que l’on s’éloigne de la situation parfaitement égalitaire) indique l’ampleur des inégalités dans une économie. On peut se servir de cette courbe pour comparer la répartition de la richesse entre différentes économies ou analyser son évolution dans le temps pour une économie. La figure suivante présente la courbe de Lorenz du Canada, du Brésil et de la Suède.
La courbe de Lorenz: comparaison de trois pays (Canada, Brésil et Suède). 
Dans cet exemple, nous voyons que la Suède (pays plus social-démocrate) montre distribution de la richesse plus égalitaire que le Brésil qui représente un des pays où l'immense richesse côtoient l'extrême pauvreté. Le Canada se situe entre les deux, même si les dernières données indiquent que la répartition de la richesse (après impôt) devient de plus en plus égalitaire au Pays.
Une mesure plus précise: Le coefficient de Gini: Plus le coefficient de Gini est près de 0, plus la distribution est égalitaire. Plus il se rapproche de 1 (ou 100%), plus elle est inégalitaire.
Certains milliardaires ont des
fortunes supérieures au PIB de certains pays.
Voici les plus riches du monde... selon la revue Forbes. Elon Musk |
| En
janvier 2025, les 3 trois personnes les plus riches (Elon Musk, Jeff
Bezoz et Mark Zuckerberg) possèdent aujourd’hui plus de richesses
que la moitié la plus pauvre de la société américaine, s’est insurgé le
sénateur américain Bernie Sanders. Selon Wikipedia: «L'oligarchie peut revêtir plusieurs formes, selon qu'elle est faite des meilleurs (« aristocratie » au sens étymologique), des plus riches (ploutocratie), des scientifiques et techniciens (technocratie), des personnes âgées (gérontocratie), de ceux qui bénéficient de la force ou de tout autre pouvoir de fait.» Questions de discussion: Question 4: Comment les riches peuvent-ils influencer le pouvoir politique ? Question 5: Les oligarques sont-ils une menace à la démocratie? |
Question 6 : Peut-on reduire les écarts de revenu ?
Il est possible de voir des pays ayant des revenus par habitant semblables, présenter de grandes divergences quant au nombre d’individus vivant sous le seuil de pauvreté. Autrement dit, un pays peut présenter une concentration de la richesse dans les mains de bien peu d’individus. Les pays en voie de développement sont souvent davantage victimes de ces inégalités nourris, entre autres, par la corruption ou par l’établissement de pouvoir dictatorial.
Une intervention économique gouvernementale efficace peut favoriser une distribution plus équitable de la richesse entre riches et pauvres. Différents mécanismes permettent effectivement à l’État de jouer le rôle d’un Robin des bois des temps modernes. La gratuité de certains services (santé, éducation...), l’impôt progressif ou la sécurité du revenu garantissent un certain rapprochement entre les classes sociales. Il faut cependant noter que l’intervention gouvernementale dans les pays en voie de développement est très difficile, voire impossible dans bien des cas. Les institutions gouvernementales souvent archaïques de ces pays rendent difficiles la perception des impôts de manière rationnelle. C’est d’ailleurs une autre raison qui motive l’existence d’une si grande disparité au niveau des revenus de ces habitants.
5) Les transactions hors marchés et le marché noir
Beaucoup de productions effectuées dans les économies nationales échappent aux autorités lorsque vient le temps de mesurer la production nationale (PIB). Ces productions sont en effet difficilement retraçables pour quatre raisons:
i) Les produits ou services considérés comme illégaux par la loi (drogue, prostitution...) ont tout intérêt à demeurer secrets pour protéger leurs auteurs des foudres de la justice. Imaginez ce que serait la valeur du PIB de la Colombie si le marché lucratif de la drogue était inséré dans son calcul ?
ii) L’évasion fiscale est également une motivation importante qui pousse les producteurs de biens ou de services à camoufler leurs activités. La popularité de cette pratique augmente à mesure que le niveau de taxation grimpent. L’existence du phénomène de la contrebande de tabac au Québec pourrait ici être cité en exemple.
iii) La production faite par les agents économiques pour leur propre compte n’est pas considérée lors du calcul du PIB. Le ménage de la maison ou les réparations domestiques faites par un individu dont il est le bénéficiaire direct ne sont-ils pas des productions de services au même titre que le travail d’une ménagère ou d’un menuisier rémunérés pour ces services ?
iv) Les techniques et les moyens que possèdent les gouvernements pour mesurer de façon exhaustive la production nationale sont quelquefois limités.
Les raisons trois et quatre prennent beaucoup d’importance quand vient le temps d’évaluer la production nationale des pays en voie de développement. Premièrement, la situation souvent précaire des citoyens de ces pays ne leur permet pas d’embaucher des spécialistes pour effectuer des travaux domestiques. On imagine mal un Brésilien habitant un bidonville payer une domestique pour épousseter son humble demeure. De plus, étant donné leurs moyens financiers limités, la culture d’un jardin familial constitue souvent l’unique façon d’assurer leur subsistance.
Deuxièmement, les infrastructures archaïques et les moyens financiers très limités ne permettent pas aux gouvernements l’enregistrement de toutes les transactions effectuées dans leur pays. Le recours aux tarifs douaniers comme source principale de revenu pour le gouvernement en est un exemple. En effet, il leur est impossible de financer adéquatement leurs activités à l’aide d’une taxe à la consommation ou un impôt sur le revenu car leur manque de contrôle sur l’économie entraîne une multiplication des évasions fiscales.
C’est à cause de ces deux caractéristiques que le PIB d’un pays en voie de développement sous-estime énormément le production effective de cette économie. L’écart entre la production réalisée et le PIB est donc plus grand dans une économie du tiers-monde que dans une économie développée comme la nôtre.
Question 7: Le Canada est-il plus riche grâce à la légalisation de la drogue?6) Les autres lacunes du PIB
Les loisirs, les externalités positives ou négatives (environnement, par exemple), la nature de la production (les dépenses militaires par exemple) et la qualité de la production sont d’autres lacunes qui viennent biaiser l’image que donne le PIB du mieux-être collectif.